Cet article présente la vision d’un analyste sur la croissance du secteur des logiciels. Selon lui nous venons de terminer l’ère du téléphone intelligent et nous entrons dans l’internet des objets et l’intelligence artificielle. On y mentionne plusieurs compagnies qui ont été discutées ici mais certaines que je ne connais pas.
Une bonne analyse des gars de Medici. Ça fait 25 ans que je travail dans l'industrie du logiciel et ce qu'ils disent correspond pas mal à ma vision des choses.
Une bonne analyse des gars de Medici. Ça fait 25 ans que je travail dans l'industrie du logiciel et ce qu'ils disent correspond pas mal à ma vision des choses.
J'ai travaillé dans l'industrie du logiciel pendant plus de 35 ans.
Je vois l'IA comme une boîte à outil fort utile pour développer des logiciels à moindre coût, à moindre risque et plus rapidement.
Conséquence: - Réduction des coûts de développement et de maintenance pour l'industrie du logiciel
Çà va aider tout le monde à être plus efficace. Tout le monde veut dire les professionnels comme l'amateur dans son sous-sol.
Encore faut-il être capable d'utiliser les outils de la boîte de façon efficace.
J'ai travaillé dans l'industrie du logiciel pendant plus de 35 ans.
Je vois l'IA comme une boîte à outil fort utile pour développer des logiciels à moindre coût, à moindre risque et plus rapidement.
Conséquence: - Réduction des coûts de développement et de maintenance pour l'industrie du logiciel
Çà va aider tout le monde à être plus efficace. Tout le monde veut dire les professionnels comme l'amateur dans son sous-sol.
Encore faut-il être capable d'utiliser les outils de la boîte de façon efficace.
Ça va également retirer beaucoup d'emplois. Un logiciel qui prenait 12 ingénieurs à créer pourrait en prendre un seul. Dans le cas des ingénieurs, ce sera facile de se repositionner dans l'industrie technologique, mais ce ne sera pas nécessairement le cas pour les avocats, notaires, comptables... Il va en rester, ça prend de l'analyse humaine parfois, mais si ça prend un notaire pour en remplacer 12, il va en avoir 11 qui vont trouver le temps long, ça va pousser les prix à la baisse à cause de l'offre et la demande.
Tout le monde va en bénéficier de l'IA, sauf ceux qui se feront remplacés et qui perdront leur emploi. Ça va t'aider jusqu'à temps que ça te remplace.
Durant la pandémie, les caissières avaient le gros bout du bâton et pouvaient exiger d'être payer 10 $ de plus que le salaire minimum dû à la pénurie de main d'oeuvre. Avec les caisses intelligentes, la demande pour les caissières a diminué et le salaire offert est probablement retourné près du salaire minimum. Il doit y avoir des caissières qui ont perdues leur emploi ou qui se sont vu réduire leurs heures. Plus ces caisses intelligentes se perfectionneront, plus les caissières vont perdre leur emploi et des heures. C'est une question de temps avant qu'un scan puisse savoir ce qu'il y a dans ton panier et prendre l'argent directement sur ta carte de crédit que tu auras préprogrammé lorsque tu quitteras le commerces. Le magasin n'aura plus besoin que de 2 gérante à l'accueil pour remplacer les 38 caissières qu'il y avait en 2020. C'est facile de dire que ces caissières n'ont qu'à se repositionner ailleurs, s'il y a davantage de personnes qui perdent leurs emplois que le nombre d'emploi créé, il y aura des pertes d'emplois, une concentration massive de la richesse et une hausse importante de la pauvreté.
Oubliez les short sur Nvidia ou Palentir, j'en suis rendu à penser qu'une façon de shorter la bulle AI est simplement d'acheter des titres de logiciels de qualité ;-)
Il faut croire que le prix des titres techno est condamner à exagérer à la hausse.... pour ensuite exagérer à la baisse... dans un cycle sans fin...
C'était ma réflexion philosophique à 5 cennes de la journée ;-)
Je fais la même constatation. La bourse passe par des phases d'euphorie et de dépression. Présentement elle est dépressive dans le secteur du logiciel.
Ce
qui se va se produire dans 10, 15, 20, 25, 30 ans, ça compte quand même beaucoup
pour la valeur d'une entreprise. La valeur actuelle de ce qui va se passer,
disons de l'an 10 à l'an 30 vaut énormément plus dans la valeur d'une action que ce qui va se passer de l'an 1 à l'an 5 surtout pour les titres qui ont des multiples élevés.
À
quoi vont ressembler les logiciels dans 20 ans, comment pourra-t-on les faire, à
quel point ce sera facile et combien ça va coûter pour une organisation de faire
son propre ERP?
Très bon texte! Mes discussions avec Gemini (mon chatbot préféré du moment) m’ont également fait réaliser qu’un designer qui souhaite remplacer CreativeSuite (Adobe) par nanoBanana sauvera 100$ par mois de licence. Mais devra acheter pour 50-60$ de tokens par mois. Et le dessin n’est pas encore sous une forme acceptable pour être livré au client… Je crois donc aussi que toutes les fonctionnalités qui permettent de livrer un projet ont encore une valeur et la garderont un bon moment avant d’être déplacé par un outil générique. Je ne serais pas surpris que plusieurs autres logiciels en mode Saas soient dans une situation similaire.
Très bon texte! Mes discussions avec Gemini (mon chatbot préféré du moment) m’ont également fait réaliser qu’un designer qui souhaite remplacer CreativeSuite (Adobe) par nanoBanana sauvera 100$ par mois de licence. Mais devra acheter pour 50-60$ de tokens par mois. Et le dessin n’est pas encore sous une forme acceptable pour être livré au client… Je crois donc aussi que toutes les fonctionnalités qui permettent de livrer un projet ont encore une valeur et la garderont un bon moment avant d’être déplacé par un outil générique. Je ne serais pas surpris que plusieurs autres logiciels en mode Saas soient dans une situation similaire.
Merci beaucoup! En effet, je n'ai pas abordé le coût des tokens dans mon texte mais c'est un autre aspect à tenir en compte. Programmer avec l'IA peut facilement coûter plusieurs centaines de dollars par mois en token selon le système utilisé
Les investisseurs qui croient que les entreprises vont utiliser l’IA pour coder leur propre système au lieu d’acheter d’un fournisseur oublient complètement la nature / psychologie du directeur de l’informatique comme tu le mentionnes en chapitre 3.
Cela dit, comme je le mentionnais dans mon message précédent, la valeur actuelle de ce qui va se produire de l'an 10 à l'an 30 pèse énormément plus lourd que celle des cinq prochaines années pour des titres qui se négocient à des multiples élevés. C'est le concept de duration des free cash flows; plus les free cash flows qui contribuent à la valeur d'un titre sont lointains, plus le titre est sensible à un changement dans les anticipations du marché concernant ces flux. Et quand une entreprise fait beaucoup d'acquisitions, cela comprime ses free cash flows à court terme (les quelques années à venir) ce qui a pour effet d'allonger la duration et donc d'amplifier cette sensibilité.
Si le marché pensait véritablement que l'IA allait remplacer le SaaS dans une bonne proportion, on peut estimer que ces titres auraient presque perdu toute leur valeur, ce qui n'est pas le cas. À mon avis, ce que le marché intègre, c'est plutôt une hausse de l'incertitude sur les free cash flows à long terme. Avant l'automne 2022, le commun des mortels n'avait jamais entendu parler des LLM. Maintenant, c'est très répandu, alors on peut se demander au rythme où vont les choses, ça sera quoi en 2050. On peut estimer qu'il est tout à fait rationnel que le marché ait compressé les multiples de ces entreprises pour refléter un plus faible degré de prévisibilité de leur rentabilité future. On peut aussi avoir une opinion contraire et c'est parfaitement légitime.
Il reste que ça ne veut pas dire que sur un horizon de 10 ans, acheter aujourd'hui des titres SaaS ne sera pas un bon placement. Moi-même j'en détiens. Peut-être qu'un jour, en 2040, le marché va avoir un autre « moment de questionnement sur la viabilité à long terme » du SaaS face à l'IA et que ces actions vont corriger fortement. Peut-être que d'ici ce jour le rendement sera tout de même bon.
Ma licence annuelle de QuickBooks me coûte l’équivalent de moins d’une journée de travail facturable. Financièrement, je serais clairement perdant si je passais du temps à bricoler avec l’IA pour gérer ma tenue de livres et ma facturation. QuickBooks me fait gagner un temps précieux que je peux consacrer à des mandats clients, là où ma valeur ajoutée est réelle.
Transposons cette logique à une grande entreprise qui envisagerait de remplacer son système informatique pour migrer vers une solution basée sur l’IA. Quel serait le coût total d’un tel transfert — en implantation, en formation, en intégration et en risques opérationnels — comparativement au simple coût des licences actuelles ?
C’est précisément pour cette raison que les entreprises qui vendent ces systèmes continueront, selon moi, à bien performer : le coût de remplacement et la complexité du changement dépassent souvent largement les économies potentielles.
Merci pour vos bons mots! J'ai l'intention de commencer à publier des textes dans Substack et vous m'encouragez à continuer !
J'ai écrit mon texte de façon posé, mais ça reste l'une des situations les plus déconnectées de la réalité que j'ai vue dans ma carrière d'investisseur....
Je peux sembler rabat-joie sur ce fil, mais je suis exposé aux titres SaaS et à plusieurs Mag 7 (mais pas uniquement à cela).
Depuis le début des années 2010, nombre d'investisseurs ont découvert le moat de plusieurs géants techno et l'extraordinaire modèle d'affaires du SaaS, et un paradigme s'est installé voulant que tout ce qui était peu intensif en capital physique était probablement supérieur (quoique les Mag 7 sont rendus assez intensifs en capital depuis un certain temps). Le moins l'entreprise utulise d'actifs physique et le plus elle utilise d'actifs intangible, le mieux c'était. Et en plus cela se tient théoriquement, puisqu'en principe plus le ROIC est élevé sur une longue période plus le rendement de l'action sera élevé. Ça se tient si ça dure très longtemps et si le marché pense que ça va durer très longtemps.
Sans vouloir remettre ce paradigme en question, je pense qu'il peut être souhaitable de se décentrer. Ce n'est pas parce que quelque chose a bien marché pendant plusieurs années qu'il ne peut pas y avoir un point d'inflexion un jour, que ce soit soudainement ou progressivement.
Il ne s'agit pas de remettre les choses en question pour le plaisir de le faire et il peut y avoir une tentation de porter attention à des rapports qui peuvent sembler sensationnalistes, simplement parce qu'ils sont sensationnalistes, mais il reste que je juge pertinent de se confronter à des idées qui peuvent nous sembler contraires à nos a priori afin de chercher à les tester et possiblement les faire évoluer ou pas. En voici une extrême:
Pourtant, les derniers résultats étaient bons et démontraient une ré-accélération de la croissance. On évoque le besoin d'avoir des employés avec de nouvelles aptitudes liées à l'IA. Ce n'est pas faux... mais c'est aussi un beau paravent pour éliminer des postes redondants et des employés peu performants....
J'ai comme l'impression que les éditeurs de logiciels pourraient utiliser la situation actuelle et la forte révision à la baisse de leurs multiples pour devenir des compagnies beaucoup plus minces et efficaces.
L'époque oû il suffisait d'afficher une bonne croissance sans trop se soucier de la marge de profits est peut-être révolue...
Les analystes de Goldman Sachs semblent estimer, comme je l'avais mentionné dans un message précédent, que la baisse des actions SaaS est un repricing de leur terminal value, soit le fait que les perspectives à très long terme sont moins claires qu'avant. Le marché est donc moins certain qu'avant du niveau des free cash flows à très long terme. Ce rapport peut être trouvé facilement sur internet.
Le DCF est abondamment enseigné à l'université et il est parfois utilisé en pratique. Il est assurément utilisé formellement en évaluation d'entreprise et de projets d'investissement (on dit plutôt NPV dans ce cas). Mais je pense que l'on peut probablement s'en méfier avec raison, car ça reste un concept qui peut sembler abstrait sans compter que la valeur estimée est très sensible aux hypothèses. Pour évaluer une action en bourse, à mon avis ce n'est pas l'idéal (mais est-ce que c'est mieux que les multiples, on peut se poser la question), mais c'est intéressant de le faire en rétroingénierie pour comprendre le genre d'hypothèses que le marché peut avoir. Buffett a déjà dit ne jamais en faire formellement tout en reconnaissant la logique derrière le calcul. Moi j'irais plus loin en disant que plusieurs entrepreneurs qui ne connaissent pas le concept du DCF (ou du NPV) en font intuitivement.
La logique permet aussi de comprendre comment le marché peut extrapoler des tendances actuelles dans le futur. Et ce qui est intéressant, c'est que cela peut être en lien avec des observations de la vie courante. Au-delà de l'exemple de l'effet de l'IA sur le SaaS que j'ai expliqué à quelques reprises plus haut, je trouve qu'il y a deux très beaux exemples de la logique de tendances actuelles qui permettent de bien exprimer le concept du DCF, des free cash flows loin dans le futur et de son impact sur l'évolution du prix des actions.
Tout d'abord, il y a les actions des entreprises actives dans le secteur de l'alcool (bières et spiritueux). BUD, TAP, STZ, DEO, BF.B sont tous fortement en baisse relativement à leur plus haut à vie et à mon avis cela est en grande partie lié à des tendances actuelles de plus faible consommation chez les plus jeunes générations que l'on extrapole dans le futur. La baisse du prix de l'action est, à mon avis, très peu en lien avec les mauvais résultats des derniers temps et les probables mauvais outlooks à court terme, mais vraiment davantage avec ce à quoi on s'attend à très long terme en extrapolant les tendances de consommation actuelles.
L'autre chose intéressante concerne les exploitants de salles de cinéma AMC, CGX ou CNK. Aujourd'hui, le premier lundi suivant la sortie du premier week-end du film Project Hail Mary qui a très bien fait au box-office, ces actions sont toutes en bien plus forte hausse que le marché et que leurs bêtas pourraient le laisser présager. Une partie de cette hausse est attribuable, à mon avis, au marché en général ; une autre, petite (très petite), est attribuable au fait que le succès de Project Hail Mary va probablement améliorer un tout petit peu les prochains résultats trimestriels à être publiés ; mais l'autre part importante de la hausse tient, à mon avis, au fait qu'à chaque gros blockbuster (comme Project Hail Mary) qui sort avec un certain succès depuis la fin de la pandémie, comme plusieurs observateurs émettent des doutes quant à la viabilité à long terme du cinéma en salle et du réel niveau de rentabilité que l'on peut espérer, chaque gros succès semble amener le marché à diminuer son pessimisme à long terme sur la rentabilité à espérer de projeter des films en salles et donc sur le niveau que l'on peut attendre des free cash flows du futur. Cela amène alors une certaine hausse du prix de ces actions le premier lundi suivant une telle sortie.
Cela dit, je n'émets pas d'opinion sur la viabilité et la rentabilité à long terme de cette industrie, et il y a parfois de relativement mauvais chiffres au box-office qui peuvent amener l'effet contraire. Mais chaque gros insight que l'on peut tirer du box-office (flop d'un gros blockbuster, ou succès d'un gros blockbuster) peut à mon avis être utilisé par le marché pour marginalement réévaluer les niveaux de free cash flows à long terme des exploitants de salles ce qui se traduit par un certain impact sur la prix des actions.
Je trouve donc intéressant de sortir un concept que l'on peut juger peu pratique et même abstrait (quoique tout de même utilisé parfois en pratique) et de l'appliquer à des éléments culturels que tout le monde peut connaître, soit la consommation d'alcool et le cinéma. Il peut aussi être intéressant de penser à ce concept-là quand on pense aux effets de nouvelles technologies sur la valeur des actions.
Réponses
Une bonne analyse des gars de Medici. Ça fait 25 ans que je travail dans l'industrie du logiciel et ce qu'ils disent correspond pas mal à ma vision des choses.
2. Why I prefer Topicus over Constellation or Lumine
https://substack.com/inbox/post/179072167
Je vois l'IA comme une boîte à outil fort utile pour développer des logiciels à moindre coût, à moindre risque et plus rapidement.
Conséquence:
- Réduction des coûts de développement et de maintenance pour l'industrie du logiciel
Çà va aider tout le monde à être plus efficace.
Tout le monde veut dire les professionnels comme l'amateur dans son sous-sol.
Encore faut-il être capable d'utiliser les outils de la boîte de façon efficace.
Tout le monde va en bénéficier de l'IA, sauf ceux qui se feront remplacés et qui perdront leur emploi. Ça va t'aider jusqu'à temps que ça te remplace.
Durant la pandémie, les caissières avaient le gros bout du bâton et pouvaient exiger d'être payer 10 $ de plus que le salaire minimum dû à la pénurie de main d'oeuvre. Avec les caisses intelligentes, la demande pour les caissières a diminué et le salaire offert est probablement retourné près du salaire minimum. Il doit y avoir des caissières qui ont perdues leur emploi ou qui se sont vu réduire leurs heures. Plus ces caisses intelligentes se perfectionneront, plus les caissières vont perdre leur emploi et des heures. C'est une question de temps avant qu'un scan puisse savoir ce qu'il y a dans ton panier et prendre l'argent directement sur ta carte de crédit que tu auras préprogrammé lorsque tu quitteras le commerces. Le magasin n'aura plus besoin que de 2 gérante à l'accueil pour remplacer les 38 caissières qu'il y avait en 2020. C'est facile de dire que ces caissières n'ont qu'à se repositionner ailleurs, s'il y a davantage de personnes qui perdent leurs emplois que le nombre d'emploi créé, il y aura des pertes d'emplois, une concentration massive de la richesse et une hausse importante de la pauvreté.
Il faut croire que le prix des titres techno est condamner à exagérer à la hausse.... pour ensuite exagérer à la baisse... dans un cycle sans fin...
C'était ma réflexion philosophique à 5 cennes de la journée ;-)
Ce qui se va se produire dans 10, 15, 20, 25, 30 ans, ça compte quand même beaucoup pour la valeur d'une entreprise. La valeur actuelle de ce qui va se passer, disons de l'an 10 à l'an 30 vaut énormément plus dans la valeur d'une action que ce qui va se passer de l'an 1 à l'an 5 surtout pour les titres qui ont des multiples élevés.
À quoi vont ressembler les logiciels dans 20 ans, comment pourra-t-on les faire, à quel point ce sera facile et combien ça va coûter pour une organisation de faire son propre ERP?
https://rockandturner.substack.com/p/schumpeters-creative-destruction?utm_campaign=email-half-post&r=kjd1r&utm_source=substack&utm_medium=email
Pourquoi l'IA ne remplacera pas les logiciels d'entreprise
https://philipperancourt.substack.com/p/pourquoi-lia-ne-remplacera-pas-les
Mes discussions avec Gemini (mon chatbot préféré du moment) m’ont également fait réaliser qu’un designer qui souhaite remplacer CreativeSuite (Adobe) par nanoBanana sauvera 100$ par mois de licence. Mais devra acheter pour 50-60$ de tokens par mois. Et le dessin n’est pas encore sous une forme acceptable pour être livré au client… Je crois donc aussi que toutes les fonctionnalités qui permettent de livrer un projet ont encore une valeur et la garderont un bon moment avant d’être déplacé par un outil générique.
Je ne serais pas surpris que plusieurs autres logiciels en mode Saas soient dans une situation similaire.
Les investisseurs qui croient que les entreprises vont utiliser l’IA pour coder leur propre système au lieu d’acheter d’un fournisseur oublient complètement la nature / psychologie du directeur de l’informatique comme tu le mentionnes en chapitre 3.
Merci Phil, pour cette article.
Je suis à 100% d'accord avec ce texte.
Cela dit, comme je le mentionnais dans mon message précédent, la valeur actuelle de ce qui va se produire de l'an 10 à l'an 30 pèse énormément plus lourd que celle des cinq prochaines années pour des titres qui se négocient à des multiples élevés. C'est le concept de duration des free cash flows; plus les free cash flows qui contribuent à la valeur d'un titre sont lointains, plus le titre est sensible à un changement dans les anticipations du marché concernant ces flux. Et quand une entreprise fait beaucoup d'acquisitions, cela comprime ses free cash flows à court terme (les quelques années à venir) ce qui a pour effet d'allonger la duration et donc d'amplifier cette sensibilité.
Si le marché pensait véritablement que l'IA allait remplacer le SaaS dans une bonne proportion, on peut estimer que ces titres auraient presque perdu toute leur valeur, ce qui n'est pas le cas. À mon avis, ce que le marché intègre, c'est plutôt une hausse de l'incertitude sur les free cash flows à long terme. Avant l'automne 2022, le commun des mortels n'avait jamais entendu parler des LLM. Maintenant, c'est très répandu, alors on peut se demander au rythme où vont les choses, ça sera quoi en 2050. On peut estimer qu'il est tout à fait rationnel que le marché ait compressé les multiples de ces entreprises pour refléter un plus faible degré de prévisibilité de leur rentabilité future. On peut aussi avoir une opinion contraire et c'est parfaitement légitime.
Il reste que ça ne veut pas dire que sur un horizon de 10 ans, acheter aujourd'hui des titres SaaS ne sera pas un bon placement. Moi-même j'en détiens. Peut-être qu'un jour, en 2040, le marché va avoir un autre « moment de questionnement sur la viabilité à long terme » du SaaS face à l'IA et que ces actions vont corriger fortement. Peut-être que d'ici ce jour le rendement sera tout de même bon.
Ma licence annuelle de QuickBooks me coûte l’équivalent de moins d’une journée de travail facturable. Financièrement, je serais clairement perdant si je passais du temps à bricoler avec l’IA pour gérer ma tenue de livres et ma facturation. QuickBooks me fait gagner un temps précieux que je peux consacrer à des mandats clients, là où ma valeur ajoutée est réelle.
Transposons cette logique à une grande entreprise qui envisagerait de remplacer son système informatique pour migrer vers une solution basée sur l’IA. Quel serait le coût total d’un tel transfert — en implantation, en formation, en intégration et en risques opérationnels — comparativement au simple coût des licences actuelles ?
C’est précisément pour cette raison que les entreprises qui vendent ces systèmes continueront, selon moi, à bien performer : le coût de remplacement et la complexité du changement dépassent souvent largement les économies potentielles.
J'ai écrit mon texte de façon posé, mais ça reste l'une des situations les plus déconnectées de la réalité que j'ai vue dans ma carrière d'investisseur....
Je peux sembler rabat-joie sur ce fil, mais je suis exposé aux titres SaaS et à plusieurs Mag 7 (mais pas uniquement à cela).
Depuis le début des années 2010, nombre d'investisseurs ont découvert le moat de plusieurs géants techno et l'extraordinaire modèle d'affaires du SaaS, et un paradigme s'est installé voulant que tout ce qui était peu intensif en capital physique était probablement supérieur (quoique les Mag 7 sont rendus assez intensifs en capital depuis un certain temps). Le moins l'entreprise utulise d'actifs physique et le plus elle utilise d'actifs intangible, le mieux c'était. Et en plus cela se tient théoriquement, puisqu'en principe plus le ROIC est élevé sur une longue période plus le rendement de l'action sera élevé. Ça se tient si ça dure très longtemps et si le marché pense que ça va durer très longtemps.
Sans vouloir remettre ce paradigme en question, je pense qu'il peut être souhaitable de se décentrer. Ce n'est pas parce que quelque chose a bien marché pendant plusieurs années qu'il ne peut pas y avoir un point d'inflexion un jour, que ce soit soudainement ou progressivement.
Il ne s'agit pas de remettre les choses en question pour le plaisir de le faire et il peut y avoir une tentation de porter attention à des rapports qui peuvent sembler sensationnalistes, simplement parce qu'ils sont sensationnalistes, mais il reste que je juge pertinent de se confronter à des idées qui peuvent nous sembler contraires à nos a priori afin de chercher à les tester et possiblement les faire évoluer ou pas. En voici une extrême:

Pourtant, les derniers résultats étaient bons et démontraient une ré-accélération de la croissance. On évoque le besoin d'avoir des employés avec de nouvelles aptitudes liées à l'IA. Ce n'est pas faux... mais c'est aussi un beau paravent pour éliminer des postes redondants et des employés peu performants....
J'ai comme l'impression que les éditeurs de logiciels pourraient utiliser la situation actuelle et la forte révision à la baisse de leurs multiples pour devenir des compagnies beaucoup plus minces et efficaces.
L'époque oû il suffisait d'afficher une bonne croissance sans trop se soucier de la marge de profits est peut-être révolue...
https://www.atlassian.com/blog/announcements/atlassian-team-update-march-2026
Le DCF est abondamment enseigné à l'université et il est parfois utilisé en pratique. Il est assurément utilisé formellement en évaluation d'entreprise et de projets d'investissement (on dit plutôt NPV dans ce cas). Mais je pense que l'on peut probablement s'en méfier avec raison, car ça reste un concept qui peut sembler abstrait sans compter que la valeur estimée est très sensible aux hypothèses. Pour évaluer une action en bourse, à mon avis ce n'est pas l'idéal (mais est-ce que c'est mieux que les multiples, on peut se poser la question), mais c'est intéressant de le faire en rétroingénierie pour comprendre le genre d'hypothèses que le marché peut avoir. Buffett a déjà dit ne jamais en faire formellement tout en reconnaissant la logique derrière le calcul. Moi j'irais plus loin en disant que plusieurs entrepreneurs qui ne connaissent pas le concept du DCF (ou du NPV) en font intuitivement.
La logique permet aussi de comprendre comment le marché peut extrapoler des tendances actuelles dans le futur. Et ce qui est intéressant, c'est que cela peut être en lien avec des observations de la vie courante. Au-delà de l'exemple de l'effet de l'IA sur le SaaS que j'ai expliqué à quelques reprises plus haut, je trouve qu'il y a deux très beaux exemples de la logique de tendances actuelles qui permettent de bien exprimer le concept du DCF, des free cash flows loin dans le futur et de son impact sur l'évolution du prix des actions.
Tout d'abord, il y a les actions des entreprises actives dans le secteur de l'alcool (bières et spiritueux). BUD, TAP, STZ, DEO, BF.B sont tous fortement en baisse relativement à leur plus haut à vie et à mon avis cela est en grande partie lié à des tendances actuelles de plus faible consommation chez les plus jeunes générations que l'on extrapole dans le futur. La baisse du prix de l'action est, à mon avis, très peu en lien avec les mauvais résultats des derniers temps et les probables mauvais outlooks à court terme, mais vraiment davantage avec ce à quoi on s'attend à très long terme en extrapolant les tendances de consommation actuelles.
L'autre chose intéressante concerne les exploitants de salles de cinéma AMC, CGX ou CNK. Aujourd'hui, le premier lundi suivant la sortie du premier week-end du film Project Hail Mary qui a très bien fait au box-office, ces actions sont toutes en bien plus forte hausse que le marché et que leurs bêtas pourraient le laisser présager. Une partie de cette hausse est attribuable, à mon avis, au marché en général ; une autre, petite (très petite), est attribuable au fait que le succès de Project Hail Mary va probablement améliorer un tout petit peu les prochains résultats trimestriels à être publiés ; mais l'autre part importante de la hausse tient, à mon avis, au fait qu'à chaque gros blockbuster (comme Project Hail Mary) qui sort avec un certain succès depuis la fin de la pandémie, comme plusieurs observateurs émettent des doutes quant à la viabilité à long terme du cinéma en salle et du réel niveau de rentabilité que l'on peut espérer, chaque gros succès semble amener le marché à diminuer son pessimisme à long terme sur la rentabilité à espérer de projeter des films en salles et donc sur le niveau que l'on peut attendre des free cash flows du futur. Cela amène alors une certaine hausse du prix de ces actions le premier lundi suivant une telle sortie.
Cela dit, je n'émets pas d'opinion sur la viabilité et la rentabilité à long terme de cette industrie, et il y a parfois de relativement mauvais chiffres au box-office qui peuvent amener l'effet contraire. Mais chaque gros insight que l'on peut tirer du box-office (flop d'un gros blockbuster, ou succès d'un gros blockbuster) peut à mon avis être utilisé par le marché pour marginalement réévaluer les niveaux de free cash flows à long terme des exploitants de salles ce qui se traduit par un certain impact sur la prix des actions.
Je trouve donc intéressant de sortir un concept que l'on peut juger peu pratique et même abstrait (quoique tout de même utilisé parfois en pratique) et de l'appliquer à des éléments culturels que tout le monde peut connaître, soit la consommation d'alcool et le cinéma. Il peut aussi être intéressant de penser à ce concept-là quand on pense aux effets de nouvelles technologies sur la valeur des actions.