Bienvenue sur le forum !

Si vous souhaitez rejoindre la communauté, cliquez sur l'un de ces boutons !



>> Forum privé (partage d'analyses)





Réflexion d'un mauvais acheteur

Je réfléchis beaucoup à la façon dont j'achète récemment.

Je serais curieux de savoir si vous partagez les mêmes biais stupides.

Étant un investisseur qui se concentre surtout sur les modèles d'affaire et les entreprises de grande qualité avec les années, je délaisse de plus en plus un certain côté valeur qui m'a plus attiré dans le passé.

Hors, je suis toujours pris entre la tension d'acheter quasi en dépit de l'évaluation et celle d'attendre un prix raisonnable.

Je m'explique. Je tente de trouver des entreprises qui offrent un potentiel formidable et qui sauront croître et être profitable longtemps, de façon durable et prévisible. Dans ce contexte, je me dis souvent que le prix payé n'est pas si critique, et que je peux acheter parce que je vise à ce que l'entreprise fasse x10, x20, x 100 qui sait sur ma période de détention (idéalement pour toujours si l'entreprise sait demeurer dominante). De façon pratico-pratique, que je paye un titre 10-12-8-15$ a au final peu d'importance si ça vaut 200$ dans plusieurs années (je simplifie ici). Pourtant, il y a toujours ce biais d'ancrage disons d'avoir raté une opportunité récente sur un titre qu'on étudie, d'envisager d'acheter à 10$ et de le voir monter à 15$ et de se dire qu'on a raté un gain de 50%, qu'on va payer trop cher, etc. 

De même, je sais aussi que de payer un prix indécent pour un titre, disons un multiple indécent, que ce soit des ventes, des profits ou des free cash flow, peu importe entraîne souvent un risque d'un rendement bien amoindri, même si la compagnie connait une croissance extraordinaire car le multiple se contractera sans doute pour annuler les gains potentiels...De ce fait, même si avec les années, je me rends compte qu'il vaut mieux payer 30x les profits disons pour une entreprise extraordinaire qui croitra de 20% par an durant longtemps, tant que la multiple ne se contracte pas trop, c'est bien mieux que de payer 10x pour une entreprise qui ne croit plus...Mais il y a toujours bien une limite, qui n'est pas claire. Il m'arrive souvent de regarder une entreprise et de finir par avoir l'impression que c'est un peu cher, et d'attendre. Je voudrais encore avoir en plus cette superbe entreprise à un prix plus que raisonnable. Et je passe parfois à côté. Et alors je devrais potentiellement revoir mon analyse et si les perspectives demeurent incroyables, acheter même si c'est cher. Mais quand est-ce que c'est trop cher? Je sais que @MarioP nous pose souvent cette question en regard d'un Shopify par exemple.

Bref, d'un côté j'aimerais être patient et acheter des entreprises que j'ai déjà évaluées quand elles reviennent à un prix raisonnable et saisir l'opportunité (parce qu'évidemment le Saint-Graal c'est une grande croissance combinée à une expansion de l'évaluation), et de l'autre, j'aimerais être plus agile pour acheter des entreprises de qualité sans finalement m'ancrer à attendre une opportunité qui ne se présentera peut-être jamais, mais qui n'a pas nécessairement besoin de se présenter.

Je radote un peu, c'est sûrement un peu confus, mais je suis souvent partagé entre ces sentiments. Suis-je seul docteur? Curieux de vous entendre!

Réponses

  • 6 Réponses trié par Votes Date
  • 7 oct modifié Vote Up2Vote Down
    Tu n'es certainement pas le seul. Combien de titres n'avons-nous jamais acheté, car trop cher? Et quand on arrive a un prix raisonnable qu'on s'était fixé, suite à une baisse, on se demande si l'entreprise est si prometteuse (exemple Knight Therapeutics) et on remet en doute notre analyse. Et up! 3 mois après on regrette d'avoir passé.
  • Nous faisons tous face au même dilemme : vaut-il la peine d'acheter au prix actuel et est-ce que le prix à payer est vraiment important pour une société exceptionnelle ? Je pense que l’élément clef de la réponse est la durée prévue de l’investissement. Si on investit pour une très longue période, disons plus de dix ans, le prix payé n’est pas vraiment important. Qu’on obtienne 190 % ou 200 % de rendement après dix ans ne change pas grand-chose. Mais il faut aussi assumer qu’on peut être dans le rouge les premières années, avant que le titre décolle.

    Évidemment, la société qu’on jugeait exceptionnelle doit obtenir des résultats exceptionnels. Impossible d’avoir une certitude car on ne sait pas ce que l’avenir réserve. Une société peut nous paraître très prometteuse, mais des événements ultérieurs peuvent grandement changer la donne. La pandémie actuelle et la crise financière de 2008 sont de bons exemples d’impact sur l’ensemble des marchés. Ce peut aussi être des événements spécifiques à une entreprise, comme par exemple le dieselgate chez Volkswagen ou les problèmes avec le 737 max de Boeing. Cela fait partie des risques liés aux investissements, et on peut réduire les risques en investissant dans plusieurs entreprises.

    Personnellement, je suis à la retraite et je décaisse. Je n’investies donc pas pour du très long terme et le prix payé devient important pour moi. J’ai une liste de sociétés que je trouve intéressantes et je surveille les dates de publication des résultats trimestriels. Lorsque les résultats sont inférieurs aux attentes des analystes, le prix du titre chute dès l’ouverture des marchés. Si la déception est faible, la chute dure environ une heure et j’achète vers 10:30 – 11 :00. Si la déception est plus importante, j’attends quelques semaines. Si les résultats dépassent les attentes, le titre décolle à l’ouverture des marchés; soit que je place un ordre au prix du marché avant l’ouverture, soit que j’attende le recul qui survient souvent quelques semaines plus tard.

    J’utilise certains repères pour déterminer le prix d’achat :

    -          Le multiple moyen des dernières années par rapport aux bénéfices anticipés

    -          Le Fair Value publié par Morningstar

    -          Certains éléments d’analyse technique

    Bref, l’investissement n’est pas une science exacte et il faut une bonne dose de educated guess.

  • Nous faisons tous face au même dilemme : vaut-il la peine d'acheter au prix actuel et est-ce que le prix à payer est vraiment important pour une société exceptionnelle ? Je pense que l’élément clef de la réponse est la durée prévue de l’investissement. Si on investit pour une très longue période, disons plus de dix ans, le prix payé n’est pas vraiment important. Qu’on obtienne 190 % ou 200 % de rendement après dix ans ne change pas grand-chose. 

    Je suis d'accord avec toi pour la durée de détention mais j'ajouterais aussi qu'il faut comprendre dans quelle phase de son "histoire" se trouve un titre.

    En schématisant un peu, on pourrait classer les phases entre "forte croissance", "maturité (avec une croissance plus modeste)" et "déclin". Un même titre peut passer à travers toutes ces phases dans son histoire et l'importance du prix payé ne sera pas la même selon la phase.

    En phase de forte croissance, ce n'est pas le prix payé qui est la clé. Comme @AntoinePadoue le dit, c'est bien plus d'avoir raison sur le côté exceptionnel de la compagnie et que sa croissance se matérialise vraiment. Payer le titre 25% moins cher n'est pas ce qui va faire la différence, c'est bien plus d'avoir raison avec notre évaluation qualitative de l'entreprise.

    Dans la phase maturité, je trouve que le prix est plus important. Il y a quand même une limite au multiple à payer pour une société dont la croissance des revenus/profits ne dépasse pas 15%. Un horizon de détention supérieur à la moyenne peut inciter à payer un plus cher mais le prix à quand même son importance.

    Pour ce qui est des titres en déclin, je crois qu'il faut simplement les éviter. Il n'y a aucun prix, aussi alléchant soit-il, qui va sauver ce genre d'investissement. Comme pour la forte croissance, je pense que le prix payé n'est pas vraiment un facteur.

    Ça fait 20 ans que j'investis en Bourse et j'ai fait plein d'erreurs. Dans 90% des cas, l'erreur était d'avoir investi dans des sociétés auxquelles je n'aurais du jamais toucher... peu importe le prix ! La cause de l'erreur était ma mauvaise évaluation qualitative du titre, pas mon point d'entré... Ça ne m'est jamais arrivé d'acheter une compagnie exceptionnelle qui livre la marchandise côté croissance et que ça soit une erreur en raison d'un prix trop élevé...

    En terminant, je dirais que si ton style comme investisseur n'est pas très défini... que tu adhères à des thèses qui sont parfois value, parfois GARP, parfois "compagnie exceptionnelle à forte croissance", c'est clair que tu risques d'avoir une certaine confusion quant au prix à payer... Dans ce cas, la première étape est de clarifier ton approche en investissement.
  • Tout à fait d'accord avec toi, Phil. Mon intervention visait uniquement les titres en forte croissance et qu'on garde tant que la croissance continue. J'investie aussi dans des sociétés arrivées à maturité, lorsque le prix m’apparaît intéressant, et je les revends quelques mois plus tard lorsque le prix m’apparaît élevé. Par exemple, cette année, j’ai fait cinq transactions sur BAM.A, pour un gain moyen de 8,1 % en environ deux mois chaque fois, incluant les dividendes et les primes des calls couverts. C’est mon approche conservatrice de retraité de un tien vaut mieux que deux tu l’auras.

  • 100% d’accord avec toi Phil.

    Moi aussi j'en ai fait des erreurs, et plusieurs.  Mais heureusement, je me rends compte qu'avec les années, j'en fais moins.

    Pour renchérir avec ce que tu dis sur le cycle des compagnies, on peut constater que ça s'applique à peu près partout dans la vie : Une chose nait, croit, arrive à sa maturité, décline et meurt.  C'est vrai pour les civilisations, empires, compagnies, etc.  Pour une compagnie, idéalement, on achète au début de la phase de croissance et on vend lorsqu'elle débute sa phase de déclin.  Mais en pratique, c'est beaucoup plus facile à dire qu'à faire.

    Les années m'ont aussi montré qu'il est très important de bien comprendre les compagnies dans lesquelles on investit.  De cette façon, il est plus facile d'évaluer dans quel phase du cycle elles sont rendus et à partir de là savoir si c'est un bon investissement ou non.

    Pour les compagnies exceptionnelles, celle qui ont des avantages compétitifs important et qui sont les leaders dans leur créneaux, je dirais que le prix payé est le dernier critère qu'il faut regarder.  J'ai déjà surveillé plusieurs de ces compagnies et je n'ai pas acheté, car je les trouvais trop cher... juste pour voir 3 ans plus tard que le prix a triplé.  J'ai aussi détenu certaines de ces compagnies et je les ai vendus car elles avaient beaucoup monté, pour me rendre compte que 3 ans plus tard le titre a aussi triplé à partir de mon prix de vente...  J'en ai compris qu'aussi longtemps qu'une compagnie livre la marchandise, on peut être patient avec elle.  Les compagnies avec lesquelles on ne doit pas être patient sont celles qui ne livre pas la marchandise.
  • Quelques points:

    -Je suis absolument d'accord avec l'idée de trouver d'abord les bonnes entreprises, c'est ce que j'aspire à faire.

    -Je dis aussi qu'on a beau prétendre toutes sortes de choses sur la façon dont on investit, en pratique, quand vient le temps d'appliquer tout cela, cela peut être plus dur qu'on pense.

    -Que ce n'est pas si évident de se départir de vieilles habitudes. On évolue certes, mais on garde parfois des traces de nos anciennes façons de faire. Il faut en être conscient et travailler là-dessus.

    -Qu'il ne m'est pas si évident malgré tout de faire abstraction du prix!
Connectez-vous ou Inscrivez-vous pour commenter.